Nassim Nicholas Taleb est à la fois philosophe, statisticien et économiste. Il a été vingt ans trader avant de devenir professeur de gestion du risque dans une université américaine. Depuis ses premiers ouvrages, Le hasard sauvage (2001) et Le cygne noir (2007), il a apporté des contributions fondamentales à la manière dont le risque est perçu dans les sociétés développées ainsi qu’aux nombreux biais perceptifs entourant cette perception.

Il nous revient cette année avec une contribution très originale sur la responsabilité des personnes qui décident : nous vivons à une époque où de moins en moins de décideurs « mettent en jeu » leur peau dans les processus décisionnels. Que ce soit au niveau politique ou économique, les entités de plus en plus grandes (entreprises multinationales détenues par des actionnaires ou organisations supranationales), des personnes décident pour le plus grand nombre sans forcément devoir répondre personnellement de leurs erreurs, ce qui induit des comportements parfois anormalement risqués, inéquitables et peu efficaces.

De la sorte, lorsqu’un homme politique décide d’une guerre ou que le fondé de pouvoir d’une très grande entreprise prend des risques d’investissements inconsidérés dont il n’assumera jamais les conséquences pour des questions d’horizons temporels courts, ce sera au final toujours le petit porteur ou le contribuables qui devra assumer.

Sa conclusion est qu’il faut revenir à un authentique partage de la responsabilité pour le décideur, afin d’éviter ces asymétries au niveau de la personne qui assume en fin de compte les conséquences de ces erreurs.

Nassim Nicholas Taleb – Jouer sa peau : Asymétries cachées dans la vie quotidienne, Belles Lettres, 384 pages.

Pierre-Yves Novalet.