Une économie de guerre au niveau mondial ni nécessaire ni souhaitable

Une économie de guerre au niveau mondial ni nécessaire ni souhaitable

Une « économie de guerre » au niveau mondial n’est ni nécessaire ni souhaitable. Si aujourd’hui un espoir de reprise se profile, ce n’est pas en raison de la gestion des États.

Lors de l’ouverture de l’Assemblée Mondiale de la Santé le 24 mai à Genève, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU a revendiqué une « économie de guerre » au niveau mondial, pour combattre le virus. Il n’a pas précisé en quoi pourrait consister une telle économie de guerre, mais il faut sans doute entendre par là, si l’on se réfère aux exemples en la matière, une économie très dirigiste où l’État prend les décisions et les acteurs industriels sont contraints de les exécuter.

Et bien sûr, le secrétaire général de l’ONU ne conçoit une telle économie qu’au niveau mondial.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le secrétaire général de l’ONU propose une solution multilatérale. Il est dans son rôle qui consiste à essayer d’accroître les pouvoirs de son organisation. Pourtant, jusqu’ici, dans la gestion de la pandémie du Covid-19, il y a peu de raison de se féliciter du rôle de ces organisations internationales.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), créée pour préserver la santé dans le monde, a accumulé les maladresses. Elle est accusée d’avoir beaucoup tardé à avertir des débuts de la pandémie alors que c’est sans doute son obligation la plus évidente. On lui reproche aussi d’avoir couvert les autorités chinoises. Or, à tout le moins c’est sur le sol de ce pays que le virus a causé ses premiers ravages.

Enfin, la récente enquête à Wuhan des experts de l’OMS n’a fait que révéler l’impuissance de cet organisme à tirer des conclusions scientifiques d’une crise lorsqu’un État totalitaire décide de ne lui fournir que les informations qu’il veut bien choisir. Il est d’ailleurs significatif que Joe Biden, le nouveau président des États-Unis partage les mêmes doutes que son grand ennemi Donald Trump quant aux conclusions hâtives de l’OMS, qui a exclu l’hypothèse d’une création artificielle ou accidentelle du virus dans un laboratoire chinois.

Mais comme d’habitude avec les partisans de l’étatisme, on remarque que lorsque les solutions qu’ils ont proposées ne fonctionnent pas lorsque les États ont été défaillants, ils demandent « encore plus d’État ».

Antonio Guterres se plaint de la destruction, au niveau mondial, de 500 millions d’emplois et de la perte de dizaine de milliards de dollars par les entreprises. Faut-il une fois de plus rappeler que ces conséquences économiques catastrophiques ne sont pas la conséquence directe de la propagation du virus mais celles des mesures de confinement, de fermetures temporaires mais forcées de millions d’entreprises et d’une régulation excessive pendant la crise ?

Si aujourd’hui un espoir de reprise se profile sérieusement, ce n’est certainement pas en raison de la gestion des États, et encore moins de celle des organisations internationales.

D’une part, l’économie de marché est résiliente et finit en général par rebondir, malgré les entraves de plus en plus nombreuses résultent de la politique des États.

D’autre part, les vaccins permettent de limiter les effets des virus et donc de réduire les entraves à la liberté du commerce décidées par les autorités. Ces vaccins ont été créés par des entreprises privées en un temps record. Tout cela n’était possible que dans un système de libre concurrence qui a amené des centaines de laboratoires, dans le monde entier, à innover pour créer ces nouveaux vaccins en un temps record. Ces entreprises réalisent des bénéfices fabuleux qui sont simplement à la mesure des services qu’elles ont rendus au monde.

Leur capacité de production ne cesse de croître et à terme on peut espérer que leurs produits pourront bénéficier au monde entier, à condition de les laisser travailler dans un système d’économie libre et donc que les Étas et les organismes internationaux ne s’en mêlent surtout pas. L’on a déjà vu combien la gestion centralisée des campagnes de vaccination a causé des retards et sans doute fait perdre de nombreuses vies.

Une « économie de guerre » au niveau mondial n’est ni nécessaire ni souhaitable. Demander à des ministres des États membres de l’ONU ou de l’OMS, dont une minorité seulement sont élus démocratiquement, de gérer les suites de la pandémie, c’est à coup sûr aggraver sensiblement le problème. Ces personnes n’ont ni la légitimité, ni la compétence d’imposer des solutions au niveau mondial, alors qu’elles ont presque toutes échoué dans le propre pays.

Les problèmes d’aujourd’hui ont été causés par les États et leur politique moyenâgeuse de confinement. Ne leur confions surtout pas la tâche de résoudre les problèmes qu’ils ont causés. Pour soigner les gens ou prévenir les maladies, rien n’a jamais été plus efficace que le travail des médecins et l’ingéniosité des firmes pharmaceutiques motivées par l’appât du gain.

Un article de Thierry Afschrift initialement publié sur le site de Contrepoints.

Banques centrales : du « quoi qu’il en coûte » au « foutu pour foutu »

Banques centrales : du « quoi qu’il en coûte » au « foutu pour foutu »

La Fed et la BCE ont manifestement l’intention de jouer la montre afin de retarder au maximum une crise financière qui s’annonce comme l’une des plus grandioses que l’humanité n’ait jamais connu.

Il y a quatre mois, nous alertions sur une fièvre spéculative incontrôlée qui s’emparait des marchés financiers, avec des achats en meute massifs sur des actions comme GameStop ou AMC, ainsi que sur la discrète complicité des différents régulateurs, et notamment les banques centrales.

Force est de constater que rien, ou presque, n’a changé. Certains investisseurs ont été une nouvelle fois pris de bouffées délirantes, et l’action AMC a de nouveau atteint en l’espace de quelques jours des niveaux record, totalement déconnectés de la réalité d’une entreprise au modèle économique sur le déclin à l’heure des Netflix ou autres Disney+.

Si certains schémas spéculatifs commencent à montrer des signes de fragilité, comme par exemple les cryptomonnaies, la planète finance et la planète immobilier demeurent pour l’instant en lévitation, hypnotisées par les injections de liquidités sans fin des banques centrales et notamment la Réserve Fédérale américaine.

POLITIQUE SANS RETOUR DES BANQUES CENTRALES
En effet, depuis mars 2020, les grandes institutions monétaires se sont lancées dans une politique sans retour où toute tentative de normalisation semble devoir se solder par une crise financière retentissante. Néanmoins, faire marcher la planche à billets à plein régime commence à créer davantage de problèmes que cela n’en règle, laissant Jerome Powell et Christine Lagarde seuls face à un dilemme cornélien des plus compliqués mais dont ils sont largement responsables.

Certains alertent depuis des années sur les conséquences économiques désastreuses d’un laxisme budgétaire et monétaire sans limite, avec une hyperinflation des actifs qui assomment chaque jour davantage les classes moyennes et populaires, ainsi que les plus jeunes générations. Mais aussi sur le risque d’allocation inefficiente du capital dans un contexte où entrepreneurs et investisseurs ne sont désormais plus motivés par la création de valeur économique mais la perspective d’un gain en capital immédiat.

Chose nouvelle – et c’est certainement là le point le plus inquiétant pour les autorités – ces politiques commencent également à se traduire par des tensions inflationnistes au sein de l’économie réelle.

POLITIQUE DE L’AUTRUCHE
Face à cette nouvelle donne, les banques centrales ont choisi la politique de l’autruche, bien aidées en cela par de nombreux économistes et professionnels des marchés qui nous jurent que ce phénomène de hausse de prix n’est que transitoire. L’argumentaire est simple et efficace : il n’y aurait là qu’un effet de base lié à l’effondrement de l’activité au printemps dernier, sachant que de toute manière la demande en biens et services est structurellement sur le déclin depuis des années.

Comme le dit Olivier Delamarche, « on ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas soif ». Mais la solution est-elle pour autant de laisser crever l’âne de soif ? En effet, si la tendance est effectivement à un ralentissement structurel de la demande, il faut garder la tête le fait qu’en face l’offre a aussi subi plusieurs chocs majeurs depuis dix ans.

D’abord l’important ralentissement chinois depuis 2012, avec la volonté de Xi Jinping d’impulser un changement de modèle économique, se traduisant notamment par des réductions drastiques des capacités de production.

Ensuite, la guerre économique entre la Chine et les États-Unis depuis 2016, venue créer une incertitude majeure sur les chaînes d’approvisionnement – y compris dans des domaines de plus en plus stratégiques comme l’électronique. Loin d’avoir désavoué la politique de son prédécesseur, Joe Biden semble au contraire parti pour faire durer cette rivalité devenue stratégique pour l’Amérique.

Autre facteur négatif pour l’offre, les différentes mesures environnementales limitant les investissements dans certaines activités comme le pétrole et le gaz, tout en apportant davantage de contraintes et de difficultés pour d’autres acteurs comme par exemple dans l’automobile.

DES PLANS MASSIFS DE SAUVETAGE PARTOUT
Pour couronner le tout, la pandémie est venue achever de mettre KO une production déjà structurellement affaiblie et qui doit maintenant faire face à une demande surstimulée du fait des plans de sauvetages massifs lancés un peu partout.

La question devient donc : l’offre pourra-t-elle un jour rattraper la demande si cette dernière continue d’être dopée à l’infini ? Car la Chine ne semble clairement pas enclin à jouer le jeu des Occidentaux, refusant d’ouvrir la voie à une surproduction qui leur avait posé des problèmes après les mesures de relance de 2009.

Certains États commencent officiellement à s’inquiéter de cette situation et de l’emballement des prix, y compris dans la sphère immobilière. Cela a d’abord été le cas de la Nouvelle-Zélande, puis du Canada et plus récemment du Royaume-Uni. En Europe, certains membres de la Banque centrale européenne font depuis longtemps entendre leur scepticisme vis-à-vis de la planche à billets. Mais cela n’empêche pas Jerome Powell ou Christine Lagarde de continuer à foncer tête baissée.

Certains diront que nous n’avions de toute façon pas vraiment le choix. Que ces politiques nous ont sauvé à chaque fois de la grande dépression et d’une mort annoncée de nos pays. Peut-être. Mais à quoi cela peut-il servir de dépenser sans compter et ne jamais réformer des économies qui manifestement fonctionnent de plus en plus mal ? Pourquoi ne pas avoir à un moment donné choisi de profiter de ces taux d’intérêt artificiellement bas pour engager une restructuration profonde de notre tissu productif et de notre système de dépenses ?

ILLUSION MONÉTAIRE
Sans surprise, le recours à l’illusion monétaire est largement soutenu par bon nombre d’intellectuels français pour qui la création de liquidités à partir de rien est censée pourvoir régler des problèmes de fond comme les inégalités ou – soyons encore plus fous – la crise environnementale. Pourtant, non seulement la planche à billets aggrave les inégalités économiques, mais pire encore elle conduit ceux qui s’y risquent sur la voie de l’effondrement via une inflation incontrôlée.

L’Histoire est très claire à ce sujet, car les exemples de catastrophes économiques et politiques provoquées par la planche à billets y sont légion : du Venezuela ou Zimbabwe, en passant par la célèbre République de Weimar, sans oublier la dramatique situation de la France du XVIIIe siècle qui a d’abord mené à la Révolution avant de provoquer l’échec de cette dernière.

« Foutu pour foutu » semble donc être le mot d’ordre de nos chers dirigeants. Si la Fed et la BCE ont manifestement l’intention de jouer la montre afin de retarder au maximum une crise financière qui s’annonce comme l’une des plus grandioses que l’humanité n’ait jamais connu, les politiques eux ont choisi de respecter l’énigmatique « indépendance » des banques centrales pour les laisser faire à peu près ce qu’elles veulent.

Il faut dire que certains pays comme la France ont particulièrement intérêt à ce que rien ne change. Quoi de mieux en effet que de pouvoir continuer à aligner les budgets déficitaires que nos députés finiront tôt ou tard par voter les yeux fermés (du moins dès qu’ils seront dans la majorité) au motif qu’il n’y a de toute manière « pas d’alternative » ? De quoi arroser suffisamment l’économie, non pas pour la remettre sur les rails d’une croissance structurelle, mais du moins pour sauver la face avant la prochaine échéance électorale.

De toute manière, la plupart des effets indésirables continuent d’être invisibles de la classe politique. Pire encore, l’envolée des prix de la pierre semble même plutôt bénéfique pour une majorité de parlementaires et ministres.

Ne soyons donc pas surpris si tous ces sujets sont les grands absents des débats pour les élections de 2022. Hormis quelques chaînes YouTube comme ThinkerView bien décidées à mettre sur la table ce type de problèmes, la plupart des grands médias ne s’y intéresseront pas.

Après tout, on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.

Article de Franky Bee, initialement publié sur le site de Contrepoints.

Dette Covid et solutions magiques

Dette Covid et solutions magiques

Peut-on ne pas rembourser une dette et, pour le dire de manière moins pudique, l’annuler ?

L’indigence de la culture économique en France résumée en un sondage : d’après l’enquête Odoxa-Aviva pour Challenges et BFM Business, 34 % des personnes interrogées estiment qu’il ne faudrait pas rembourser la dette contractée par l’État pendant la pandémie de Covid-19 ; 39 % des Français estiment qu’il faudrait la rembourser pour « une bonne partie avec une contribution exceptionnelle des grandes fortunes » ; 73 % suggérant de faire et l’un et l’autre…

PEUT-ON NE PAS REMBOURSER UNE DETTE ET, POUR LE DIRE DE MANIÈRE MOINS PUDIQUE, L’ANNULER ?
L’annulation des dettes est une idée qui revient régulièrement dans le débat agitant experts, économistes et politiques. L’accroissement vertigineux de la dette contractée par l’État pour contrer la propagation de la pandémie et les conséquences des mesures de confinement n’y est pas étranger.

L’encours de la dette négociable, qui atteignait un niveau de 1823 milliards d’euros à la fin de 2019, était, du fait de la crise sanitaire, mais aussi du plan de relance, attendu fin 2020 à 2030 milliards d’euros, puis à 2126 milliards d’euros fin 2021, selon les documents budgétaires du projet de loi de finances pour 2021, soit une augmentation supérieure à 300 milliards d’euros en deux ans.

Certes, la situation dégradée d’un débiteur peut conduire ponctuellement à une annulation de sa dette. Mais elle gruge le créancier, alors privé de son capital et ses intérêts.

Le manquement à l’engagement qui le lie à ses créanciers affaiblit également la capacité future du débiteur à emprunter ou, s’il y parvient, l’expose à une remontée des taux d’intérêts.

Enfin, le non-remboursement de la dette crée un « aléa moral » toujours périlleux, en favorisant les agents peu rigoureux aux dépens de ceux qui, bons gestionnaires, ont anticipé la matérialisation des risques.

Si elle ne remboursait pas sa dette, à cause par exemple d’une économie atone ou de l’absence de toute réforme structurelle (telle celle des retraites, maintes fois différée, et qui s’apprête à l’être encore), la France serait rapidement sanctionnée par les marchés financiers. Sa prime de crédit et sa charge de la dette s’envoleraient.

AUTRE VIEILLE LUNE À AVOIR REFAIT SURFACE : L’INSTAURATION D’UNE CONTRIBUTION EXCEPTIONNELLE DES GRANDES FORTUNES
En l’espèce, il faudrait aller très au-delà d’un simple rétablissement de l’ISF (lequel rapportait « seulement » 2,1 milliards d’euros de plus que l’actuel IFI, bien loin des 300 milliards d’endettement supplémentaire évoqués ci-avant), et manifestement dépasser le niveau d’imposition optimal au-delà duquel le rendement de l’impôt diminuerait.

Cela est tout particulièrement vrai pour la France qui, avec un ratio de recettes fiscales de 4,0 % du PIB (chiffres OCDE, 2019) s’agissant des prélèvements sur le patrimoine, se classe au deuxième rang mondial. Creuser encore davantage l’écart avec les grands pays industrialisés concurrents ne pourrait que porter préjudice à notre pays, à ses investissements, à l’emploi et, au bout du compte, à ses finances publiques.

Plus fondamentalement, postuler qu’il suffit d’augmenter les impôts pour assainir durablement les comptes publics revient à ignorer d’une part la complexité des liens qui unissent fiscalité et dépenses publiques et d’autre part le risque des effets négatifs sur la croissance d’une hausse excessive des prélèvements obligatoires.

Dès lors qu’elles créent un sentiment de facilité financière, les hausses d’impôts poussent plus facilement, ensuite, les décideurs à engager des hausses de dépenses publiques. Après la crise de 2008-2009, l’OCDE notait ainsi :

« Les efforts d’assainissement menés avec succès dans le passé ont généralement fait une large place aux réductions de dépenses pour des raisons d’économie politique, mais aussi du fait de leurs effets positifs en termes d’efficience et, lorsqu’elles étaient concentrées sur les transferts et d’autres dépenses courantes, de leur durabilité apparente.

Avec un niveau de prélèvements qui atteint déjà environ 35 % du PIB en moyenne dans la zone OCDE (et jusqu’à 50 % environ dans certains pays), de nombreux régimes fiscaux réduisent le PIB en émoussant les incitations au travail, à l’épargne et à l’investissement. Les dépenses publiques sont élevées dans la plupart des pays de l’OCDE fortement endettés. Devant la hausse imminente des coûts liés au vieillissement, la voie la plus prometteuse de la viabilité budgétaire passe par des réductions de dépenses qui améliorent l’efficience allocative (meilleure utilisation générale des ressources) ou productive (moindre coût des ressources par unité de service produit) . »

Ces lignes s’appliquent plus que jamais à la France de 2021.

Un article de Victor Fouquet initialement paru sur le site de l’IREF et sur Contrepoints.

Le revenu universel : la liberté, pour qui ?

Le revenu universel : la liberté, pour qui ?

Les libéraux se sont emparés du débat autour du revenu universel, avec des positions diverses voire contradictoires. Quelle est la position libérale sur le sujet ?

Le revenu de base inconditionnel (RBI) profite d’une publicité inattendue pendant cette crise sanitaire. Il a fait l’objet de nombreuses discussions à l’occasion d’une votation sur le sujet en Suisse en 2016, ou encore lors des présidentielles françaises en 2017.

Toutefois, il a jusqu’à maintenant rencontré une certaine hostilité, notamment à cause de son financement et de l’idée de société qu’il défend.

Cependant, en raison des pertes d’activité et de revenu d’une large partie de la population dues au coronavirus, il refait surface et des pays semblent vouloir l’appliquer, ou du moins en discuter.

En effet, selon les partisans du RBI ce mécanisme pourrait être une solution face aux accidents de parcours imprévisibles. Les libéraux se sont aussi emparés de ce débat, avec des positions diverses, voire contradictoires.

Après un tour d’horizon des différents défenseurs du RBI, nous nous intéresserons plus en détails à la position libérale sur le sujet.

LE REVENU UNIVERSEL, OU RBI
La première caractéristique du RBI, comme son nom l’indique, c’est d’être inconditionnel, donc d’être versé sans condition, sans discrimination ni sélection. En plus d’être versé à tous, le RBI est décrit comme un versement d’un montant permettant de (sur)vivre, de mener sa vie, sans obligation de travail en contrepartie.

Le financement n’est toutefois pas fixe et différentes versions s’affrontent. Parmi ses défenseurs, on peut distinguer trois écoles.

DÉFENSEURS DU REVENU UNIVERSEL
— Les technophiles

Selon eux, les robots et les algorithmes vont prendre nos emplois. Pour éviter une guerre civile, entre les utiles et les délaissés technologiques, il est essentiel de verser un revenu de base. En taxant les robots par exemple.

Ils défendent une vieille thèse qui ne s’est jamais réalisée, celle de la fin du travail et de l’obsolescence de l’Homme qui diviserait l’humanité en deux catégories : ceux qui profitent du progrès technologique et en récoltent les fruits et les autres, ceux qui doivent se contenter des miettes.

De nombreux soutiens de cette thèse se trouvent dans la Silicon Valley, comme Elon Musk, ou encore des personnalités comme l’historien à succès, Yuval Harari.

— La compensation d’existence

Selon la deuxième famille de pensée, 90 % de nos revenus résultent des ressources dont nous bénéficions grâce au simple fait d’évoluer dans un environnement avec d’autres êtres humains.

En résumé, selon eux, si en tant qu’individu je peux travailler, c’est grâce à la mise à ma disposition de moyens de transport, de technologie (ordinateur) ou l’éducation (connaissances que d’autres ont acquises avant moi). L’idée est donc que l’individu n’est pour ainsi dire pas responsable de ce qu’il peut produire.

Ici c’est la vie en société qui justifie le revenu universel et non pas la solidarité. Il s’agit d’une compensation à laquelle nous avons droit, par notre simple existence.

Concrètement, les adeptes de cette théorie souhaiterait introduire un impôt sur le revenu à hauteur de 90 %, c’est-à-dire la part du revenu pour laquelle nous ne sommes selon eux pas responsables, afin de la redistribuer équitablement entre tous les individus. Cette approche est collectiviste et va à l’encontre d’une vision libérale de la société.

— L’école des penseurs libéraux

Pour ses défenseurs libéraux, le RBI permettrait aux personnes défavorisées d’éviter les longues procédures administratives des assurances sociales qui peuvent souvent être humiliantes et stigmatisantes.

Souvent, les personnes qui auraient droit à une prestation sociale n’y recourent même pas, en raison d’un sentiment de dignité ou de la trop grande complexité du système. Le RBI simplifierait également le millefeuilles de prestations de l’État- providence actuel.

Chez les libéraux favorables au revenu universel on peut distinguer deux courants :

— Milton Friedman, rénover un État-providence inefficace

Milton Friedman – prix Nobel d’économie – a défendu l’idée d’un revenu de base dans son livre Capitalisme et Liberté. Son objectif est de combattre la pauvreté et pas nécessairement les inégalités.

Selon lui, le meilleur remède contre la pauvreté c’est la charité privée. Il accepte cependant l’idée que le gouvernement assure un plancher au niveau de vie de chaque individu. Il défend un revenu de base sous la forme d’un impôt négatif.

Soit un revenu assuré par la collectivité pour les personnes dont le revenu se situe en dessous d’un certain niveau déterminé par la collectivité en fonction de ce que le revenu doit assurer. L’impôt négatif est un impôt classique renversé : l’individu reçoit de l’argent de la part de l’État, à condition d’être en dessous d’un certain seuil.

De l’autre côté, ceux dont le revenu est supérieur au seuil paient un impôt positif sur le revenu, c’est-à-dire un impôt classique, de l’individu à l’État. Sous cette forme, le financement se fait par l’imposition des revenus, avec une flat tax, c’est-à-dire un pourcentage sur le revenu qui est le même pour tous.

Le philosophe français Gaspard Koenig présente l’impôt négatif comme la différence entre le revenu de base versé et l’impôt dû à l’État. L’impôt négatif est maximal, lorsqu’on ne dispose d’aucun revenu : il s’agit de soulager la pauvreté par une aide inconditionnelle.

Si les impôts que l’on doit payer sont supérieurs à l’impôt négatif, on perçoit cet impôt négatif mais de manière indirecte, car il est déduit du montant des impôts que l’on doit payer.

Cette forme incite au travail car chaque franc gagné en travaillant vaut mieux que percevoir simplement le revenu de base, on évite les effets de seuil du système de redistribution actuel, qui incitent parfois à rester à charge de l’État plutôt que d’aller travailler.

— Philippe Van Parijs, le revenu le plus haut possible

La deuxième approche libérale est celle de Van Parijs. Elle a pour but d’assurer une autonomie suffisante à chaque personne, ce qui lui permet de vivre sa vie selon sa définition de la vie « bonne ». Il souhaite que son allocation universelle soit fixée au niveau soutenable le plus élevé possible.

Un point central est de permettre la liberté réelle au-delà de la liberté qui consiste à ne pas à nuire à autrui. Selon lui, le choix entre travail et oisiveté est personnel et détaché de tout jugement de valeur.

Pour Jessica Flanigan, professeure associée à l’Université de Richmond, « les gens peuvent débattre de la durabilité de cette solution, mais je ne pense pas qu’il y ait d’objections morales particulièrement convaincantes à un RBI très généreux, une fois que nous avons accepté le principe du RBI ».

UN DROIT SUR LE TRAVAIL D’AUTRUI ?
En conclusion, il faut rappeler qu’une majorité de libéraux s’oppose au RBI. Ils affirment qu’il n’a rien d’une solution libérale. Pour eux, son instauration signifierait que chaque individu a un droit sur les membres de la communauté. Que par sa seule existence, il a un droit à des revenus financés par les autres.

Dans une société libérale avec des individus libres et responsables il semble par principe compliqué de défendre un droit sur le fruit du travail d’autrui, qui n’est autre que sa propriété légitime. Sauf évidemment s’il y consent. Pour ces libéraux, cette réalité justifie à elle seule de rejeter en bloc cette idée, car elle nie les droits des individus, et notamment leur propriété.

Pascal Salin rappelle « qu’il ne faut pas confondre les actes de charité volontairement faits par les propriétaires de ressources, par exemple pour des personnes pauvres – ce qui est louable – et le transfert de ressources par l’usage de la contrainte publique, ce qui doit être considéré comme immoral ».

Les libéraux défendent habituellement un cadre institutionnel qui permet à chaque individu de créer des richesses et non pas de les redistribuer par la loi. D’autres voient ce revenu comme un encouragement à la paresse qui permettra à une partie de la population de vivre aux dépens des actifs, soit une simple extension de l’État social actuel.

La charge sur la population active ne ferait que se renforcer, ce qui pourrait entraîner de plus en plus le passage d’actif à passif, et donc au final faire péricliter le système, faute d’actifs pour financer l’ensemble.

Si on imagine l’application de cette mesure sur un territoire donné, cette manne financière pourrait également attirer des résidents externes. Dans ce cadre, certains libéraux craignent un effet d’aubaine.

L’argument de la simplification de l’État-providence actuel est soutenu par la plupart des libéraux, sans toutefois justifier l’introduction d’un RBI, comme le résume Pascal Salin :

« Si l’on substitue le revenu de base à une très grande variété d’aides – que l’on appelle à tort des aides sociales – on respecte effectivement mieux la liberté de choix des bénéficiaires de ces aides : ainsi ils choisissent un domicile au lieu d’être logés dans un logement social. Mais cela ne constitue pas pour autant une justification du revenu de base : pourquoi favoriser la liberté de choix de certains aux dépens de la liberté d’usage de leurs ressources (y compris la liberté d’être charitable) par ceux qui doivent financer ces transferts ? »

Finalement, pour ses opposants, le revenu universel ouvre la porte à une dangereuse dérive collectiviste, car il dépendra de la volonté d’une majorité, et non de celle du marché. Ce droit sur les revenus d’autrui permet à l’État de prendre en charge chaque individu du berceau à la tombe et crée une dépendance illimitée à l’administration.

Car quelle est la limite à fixer à ce revenu, comment la justifier ? L’électoralisme que pourrait entraîner ce mécanisme ressemble aux dérives que nous pouvons observer à ce jour avec le système de retraite et le reste des transferts sociaux.

Au vu des conséquences désastreuses de la crise actuelle, gageons que ce débat ne fait que commencer. Que ce soit au sein des libéraux ou ailleurs, il a le mérite de remettre en cause un État-providence dépassé et souvent inefficace, malgré son coût élevé.

Article de Nicolas Jutzet publié initialement sur le site de Contrepoints.

Cent milliards de dollars… du Zimbabwe

Cent milliards de dollars… du Zimbabwe

Le drame de l’hyper-inflation au Zimbabwé.

Venu spécialement de Chicoutimi pour assister à la matinée climato-réaliste de vendredi dernier, l’ami Reynald m’a procuré une émotion inattendue hier soir en sortant de son portefeuille un étonnant billet de banque.

Ce billet de cent milliards de dollars zimbabwéens témoigne du pic d’hyperinflation que le Zimbabwe a subi en 2008. Sa valeur a toujours été pratiquement nulle : quelques mois après son émission, on l’aurait échangé pour environ 2 centimes d’euro.

L’année d’émission du billet a été celle où l’inflation a été la plus impressionnante, avec un taux difficile à évaluer (le taux officiel ayant peu à voir avec le taux réel), en tout cas bien supérieur à celui, déjà irréel, de 1 000 000 % projeté pour cette année au Venezuela. Il faut remonter à l’Allemagne de 1923 et à ses billets de cinquante mille milliards de marks, ou à la Hongrie de 1946 et ses billets de cent millions de milliards de pengő pour trouver des exemples encore plus élevés.

L’INCURIE DES DIRIGEANTS ZIMBABWÉENS
Bien sûr on pourrait faire des blagues avec ce billet, par exemple en l’offrant au Fonds vert pour le climat qui prévoit justement un budget de cent milliards de dollars. Mais ce serait oublier le drame catastrophique qu’a représenté l’événement dont il est l’expression, l’appauvrissement généralisé auquel il a conduit les Zimbabwéens à cause de l’incurie de ses dirigeants.

Un cas de catastrophe exponentielle médiatiquement moins porteur que les tipping points du dernier rapport spécial du GIEC, mais dont la principale différence est le caractère réel et non fantasmatique.

Article de Benoît Rittaud publié initialement sur le site de Contrepoints.

Nous sommes tous lobbyistes, hélas !

Nous sommes tous lobbyistes, hélas !

Une nouvelle crise majeure menace l’Europe. Elle pourrait être déclenchée par l’Italie ou les banques espagnoles, très exposées aux pays émergents.

En Europe, la prochaine crise pourrait être déclenchée par l’Italie ou les banques espagnoles, très exposées aux pays émergents.

En Italie, le budget du nouveau gouvernement est attendu avec fébrilité, mais il a juré la main sur le cœur qu’il respecterait les critères budgétaires (ce que ne fait pas la France).

Le taux d’emprunt à 10 ans du pays dépasse maintenant 3 %, un niveau qui ferait exploser les finances publiques françaises, preuve malgré tout d’un certain scepticisme.

L’Italie doit encore emprunter 63 Md€ d’ici à la fin de l’année pour « rouler sa dette » et financer son déficit.

LES BANQUES EN ESPAGNE
Côté Espagne, les banques sont très impliquées avec les pays émergents (Turquie, Argentine, Brésil), eux-mêmes empêtrés dans leur dette américaine du fait de la hausse du dollar.

Selon la Banque des règlements internationaux, les banques espagnoles sont impliquées à hauteur de 82,3 Md$ avec la Turquie ce qui est plus que l’exposition de la France, des États-Unis et du Royaume-Uni qui est au total de 75 Md$. Pour mémoire, le récent sauvetage de l’Espagne lors de la crise de la dette en euro avait nécessité l’injection de 100 Md$.

Voilà deux bonnes raisons pour que Mario Draghi fasse encore « tout ce qu’il faudra »… pour nous ruiner.

Pour le moment, malgré ces petits nuages, l’humeur des marchés reste au beau fixe et tout le monde s’extasie sur la croissance américaine, feignant d’oublier qu’elle est largement inférieure à la croissance de la dette américaine.

LA DETTE COMME ÉLÉPHANT DE COMPAGNIE
Pourtant, comme le dit Bill Bonner :

« La dette est comme un éléphant de compagnie. Il faut la nourrir. Elle est peut-être engendrée par l’industrie financière, mais c’est le reste de l’économie qui doit porter le fourrage et nettoyer la cage »

Dur, dur, de nourrir un éléphant qui n’en finit pas de grandir à une vitesse vertigineuse.

Que faudrait-il faire pour maîtriser le problème de la dette ? Le FMI, la BCE, la Commission européenne prétendent avoir des idées mais finalement, aucune ne marche. En fait, la seule solution serait de réduire le gouvernement et donc les dépenses.

Ce week-end j’étais en Normandie, dans l’Eure, et je suis tombée sur une amusante construction.

Mairie d’Herqueville

« Cette mairie est désaffectée ? ai-je demandé à mes hôtes.

– Oui, il y en a une autre, maintenant, bien plus grande, m’ont-ils répondu.
– Mais le village a grossi ?
« Non, plutôt le contraire… »

L’ARGENT DES AUTRES
Pour faire éclore de grandes idées au sein d’un grand conseil municipal, recevoir des lobbyistes, chasseurs, agriculteurs, industriels locaux, artisans, commerçants… quoi de mieux que de grands bâtiments.

Les problèmes commencent quand chacun croit que le gouvernement résoudra ses problèmes, si possible avec l’argent des autres.

Malheureusement, la solution « minarchiste » – qui refuse tout interventionnisme s’adressant à une catégorie spécifique – n’est pas populaire, loin s’en faut.

« Nous sommes tous des lobbyistes », titrait récemment un éditorial des Échos (signé d’une professionnelle du domaine). C’est bien le malheur.

Les Échos du 30 août 2018 :

Article de Simone Wapler publié initialement sur le site de Contrepoints.